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CHARTE DU FORUM DE SOLIDARITE MARTINIQUE
PREAMBULE
La Martinique, comme la plupart des pays du monde, subit les effets d’une grave crise économique, financière, sociale et morale. Notre société connaît un profond mal – être et une explosion de violences. Dans tous les coins du pays, des associations culturelles, religieuses, caritatives, féministes, professionnelles et écologiques agissent pour relancer la solidarité, protéger les victimes de violence, favoriser la réinsertion et redonner espoir à toutes les composantes de notre société en particulier aux plus vulnérables.
Les organisations et personnes initiatrices de la présente Charte estiment que notre société ne pourra se débarrasser des maux qui la détruisent sans qu’elle ne se remette profondément en question. Elles considèrent que, pour reconstruire une Martinique pacifiée et harmonieuse, deux conditions sont incontournables :
- l’accord sur une conception du développement plus humaine, plus équitable, plus respectueuse de l’environnement et des générations futures ;
- la mutualisation de toutes les pratiques et expériences et une large union autour d’un projet commun au-delà de toutes les différences.
Des résultats positifs à une échelle significative peuvent être obtenus grâce à une action coordonnée dans les domaines essentiels et complémentaires suivants :
- l’éducation et la culture
- l’émancipation par l’activité économique
- la prévention des toxicomanies, des comportements à risques et de leurs conséquences
- la prévention des risques majeurs
- l’impulsion de la responsabilisation citoyenne et de la démocratie directe.
Les organisations et personnes initiatrices de la Charte s’engagent à impulser une dynamique commune s’appuyant sur les principes suivants :
- respect de l’autonomie de chacun
- respect des règles du consensus
- prise en compte de la réalité de chaque organisation, (spécificité, objectifs propres, disponibilité, etc.)
- tolérance et respect mutuel dans tous les échanges ;
Les initiateurs proposent :
- de collaborer dans le cadre d’un « FOrum Solidarité Martinique » (FO.S. MATINIK) qui sera déclaré en tant qu’association régie par la loi de 1901. Celui-ci reste ouvert à la participation de toute autre organisation ou toute personne s’accordant avec les objectifs cités.
- Le regroupement du Forum tous les deux ans pour systématiser la réflexion et l’échange d’informations et d’expériences ainsi que la participation de la population.
- L’institution d’un « Conseil de Solidarité » regroupant un représentant de chaque organisation participante ainsi qu’un représentant des adhérents individuels. Le conseil se réunit une fois par trimestre afin de permettre l’échange d’informations sur les initiatives prises par les différents partenaires et décider des actions qui peuvent être menées conjointement par plusieurs d’entre eux ou à l’initiative de l’ensemble du Forum.
- Le Conseil désigne une Equipe de Coordination constituée de :
deux délégués (ées) à la communication
deux délégués (ées) à l’organisation
deux délégués (ées) à la trésorerie
deux délégués (es) pour la présidence administrative
LES OBJECTIFS
Conscient que la résolution des problèmes auxquels notre société est confrontée demande une approche transversale, des réponses multiformes et, en même temps, visant à la synergie dans le cadre d’une perspective commune, le Forum se donne pour objectifs :
1- d’impulser la mutualisation des actions et des moyens, en favorisant la circulation de l’information relative à l’action des différents partenaires, en s’en faisant, tant que possible, le relais, en orientant le public touché vers les organisations correspondant aux situations à affronter, (exemple victimes de violences), en faisant un état des salles et moyens logistiques qui pourraient être mis réciproquement à disposition entre partenaires pour les actions diverses ;
2- Evaluer les situations et définir des stratégies relatives aux différentes problématiques en organisant des « Etats Généraux » impliquant réellement les acteurs de terrain au côté de tous les intervenants du secteur concerné.
3- Travailler sur les réponses à porter quant à la coupure existant entre les acteurs de la prévention et les publics principalement concernés
4- Constituer une force de propositions face aux décideurs (politiques, socio-économiques)
5- de se positionner en tant que force de changement et d’inviter nos concitoyens à un changement de mentalité en prônant l’efficacité de la prévention sur la répression et sur le soin.
AXES DE TRAVAIL POUR LES CINQ CHANTIERS
CULTURE ET EDUCATION
Pour que notre société martiniquaise accède à la quiétude, il est nécessaire de permettre au plus grand nombre de personnes d’atteindre un niveau de bien-être mental, physique et social afin que chacun puisse entretenir avec lui-même, avec autrui et avec son environnement des relations respectueuses et constructives.
Le Forum se donnera donc pour tâche de favoriser :
- la vulgarisation des explications scientifiques et la mise à disposition d’outils pédagogiques
- la diffusion de la démarche concernant le développement des compétences psychosociales établies par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) comme outil de prévention, d’éducation et de promotion de la santé auprès des éducateurs (parents, enseignants, éducateur spécialisés, éducateurs PJJ (Protection Judiciaire de la Jeunesse), éducateurs sportifs, animateurs, etc.
- l’accès aux outils de développement des compétences psychosociales (supports théoriques, programmes, affiches, jeux coopératifs, DVD…) aux acteurs du monde éducatif
- la création d’outils originaux adaptés à notre culture et à notre environnement ;
- la formation des éducateurs, au développement des compétences psychosociales, en particulier les éducateurs à la santé, les éducateurs spécialisés et PJJ, les enseignants et toute personne travaillant avec des enfants et des jeunes.
- le développement des compétences psychosociales des enfants et des jeunes, à l’école maternelle
- le soutien à la parentalité (en lien avec les compétences psychosociales)
- un regard réciproque débarrassé de préjugés entre jeunes et adultes,
- la réussite scolaire, l’épanouissement personnel des enfants et des jeunes
- le goût du travail et du savoir, la connaissance de notre histoire, de l’évolution et des problèmes de l’humanité ;
- la culture de la non-violence, de la tolérance et les valeurs de respect mutuel ; (Notamment en valorisant des actions positives de personnes, d’associations et de quartiers lors des Forum)
EMANCIPATION PAR L’ACTIVITE ECONOMIQUE
La sérénité de la société passe aussi par la possibilité pour chacun de s’épanouir en participant aux activités économiques. Le Forum tachera, dans toute la mesure du possible d’accompagner ou de soutenir les actions d’insertion par l’économie, les microprojets se développant dans les différents secteurs (agriculture, artisanat, services à la personne ; etc.), la mise en réseau de toutes les initiatives visant à consolider une économie alternative endogène et solidaire.
PREVENTION DES TOXICOMANIES ET ACCOMPAGNEMENT DES PERSONNES CONCERNEES
L’explosion des toxicomanies est une conséquence de la déliquescence de la société et celles-ci, à leur tour, provoquent l’aggravation des problèmes. Seule une action collective de tous les acteurs pourra endiguer significativement le phénomène. Le Forum participera à l’effort commun
- en systématisant les actions de prévention et d’entraide,
- en développant la solidarité avec les familles concernées (conseils pour un meilleur climat psycho affectif, pour l’encadrement et la protection des mineurs),
- en soutenant l’organisation de groupes de parole
PREVENTION DES RISQUES MAJEURS
Notre pays vit sous la menace permanente de nombreux types de catastrophes dont les effets sur l’économie, les infrastructures et le psychisme sont connus. Le Forum s’efforcera de favoriser des rencontres et des sessions de formation avec les acteurs de la prévention et à tous les niveaux (écoles, entreprises, quartiers, etc.) pour
- évaluer les risques,
- préparer les moyens et les comportements
- développer des compétences et organiser des réseaux pour des réponses solidaires :
IMPULSION DE LA RESPONSABILITE CITOYENNE
Les problèmes affectant notre société pourront être surmontés dans la mesure
- où chaque citoyen sera conscient de ses propres responsabilités,
- où la population élaborera des réponses collectives,
- où se sera consolidé le sentiment d’appartenance au pays.
Pour porter sa contribution à la responsabilisation citoyenne, le Forum appuiera
- tout espace favorisant la circulation de l’information, la réflexion et l’échange au sein de la population,
- l’engagement d’adultes et de jeunes de bonne volonté, désireux de s’impliquer dans la vie de la cité, en accompagnant ceux-ci dans leurs projets (création d’associations, manifestations autour de la non-violence…)
- l’engagement citoyen des enfants et des jeunes dans leur école, dans leur quartier ;
- l’expression des habitants et usagers à propos de tout projet, qu’ils soient à leur initiative, qu’ils soient envisagés par les différentes instances.
Miguel GERME
Antenne Interiale Mutuelle de la Martinique
La Martinique est un département français depuis 1946, aujourd’hui en 2012 nous attendons toujours d’être Français à part entière.
Presque 66 ans d’espérance d’égalité piétinée en 2009 par 40 jours d’ignorance du chef de l’état Français à nos cris de souffrance.
Fervent d’une responsabilité locale jusqu’à 2009, je suis depuis profondément indépendantiste car je ne crois plus à la volonté de la France d’aller vers cette égalité.
Je souhaite donc que la Martinique s’engage dans son processus de Responsabilité non pas contre la France mais avec elle comme disais Senghor. Processus de mutation politico-économique par étape validé par la population.
Je vous livre ainsi en toute modestie mes idées de développement pour notre Martinique.
Plutôt que d’exporter la banane sur un mode colonial, on pourrait monter une ou deux usine de transformation d’une partie de la production bananière en farine pour animaux (des emplois)
Le CIRAD a sorti plusieurs étude sur la transformation de la banane, les farines obtenues ont strictement la même valeur nutritive que les farines de blé ou de mais qui entrent par dizaines de container en Martinique et qui sont vendu à des prix prohibitifs à nos éleveurs.
Exporter notre banane est une hérésie !
60 à 70% de nos bananes produites servirait ainsi à relancer la filiaire de l’élevage pour par exemple augmenter la production de poulet de 1000 à 10000tonnes sur 3 ans. (Des emplois encore).
La réussite de notre élevage favoriserait l’essor de l’industrie de transformation.
Une Région ou assemblée unique volontariste, pourrait dans le statut actuel enclencher ce mouvement par des choix stratégique dans l’attribution des subventions et la fixation de l’octroi de mer.
L’autosuffisance est une utopie, tout pays à besoin de l’extérieur pour vivre…cependant la Martinique sans meme changer de statut a la capacité de rééquilibrer sa balance commerciale …..50% local / 50% import serait déjà une grande victoire.
Produire pour nous même et les autres ensuite.
Ces dernières décennies des dizaines d’outils de production (au profit de l’import) et touristiques (fin de défiscalisation) ont été détruit en Martinique.
Tenez, le tourisme, 200% d’accord mais…. Mais une fois sur place Monsieur le Touriste circule comment ??
Mis à part le centre (4 communes sur 34), nous avons d’autre choix que la voiture ou les taxicos 9 places hors de prix. Le transport en commun est au niveau quasi ZERO hors nous avons cette compétence depuis 1984 !!!!
On pourrait mettre en place des lignes régulières de bus (ancien RATP 100/120places pourquoi pas), en complément du réseau CACEM et des taxicos, reliant la Préfecture (Fort de France) aux Sous Préfectures (Marin, Trinité, St Pierre) avec un tarif unique de 5h à 22h (et un systeme d’abonnement à la semaine ou au mois 50/60€ max) + des ceintures (Marin -> Trinité et Trinité -> St Pierre) avec des véhicule plus courts
Charge ensuite aux communes d’organiser l’urbain avec des véhicules plus adapté
En comptant l’achat des bus (occasion) , le salaire annuelle de 30/40 personnes, le carburant , la casse et les frais immobilier on arrive a une enveloppe de 10 à 15 Millions d’€uros/an….. Et encore on pourrait aussi prendre les bus neufs en leasing !!
Le cout global du seul TCSP est estimé a plus de 200 Millions d’€uros….et ne concerne que le centre …..Cherchez l’erreur !
Parallèlement on pourrait lancer des chantiers de voie dédié aux bus entre Fort de France et les Sous Préfectures (des emplois encore….)
Enfin deux projets ambitieux : deux barrages hydro électrique au nord caraïbes et au sud (Crève Cœur) visant a sécuriser notre approvisionnement en eau et fournir de l électricité propre en réduisant un peu notre dépendance au pétrole
Voilà je que je souhaite, pour commencer, pour la Martinique , sachant que la réussite d’un processus d’autonomie économique pourrait mener à un vote positif au référendum d’autodétermination que j’appelle de mes vœux 20 à 25 ans après.
Souhaitant que l’on sorte rapidement du Statu quo stérile actuel, je vous prie d’agréer, Monsieur, mes sincères salutations
DISCOURS D’OUVERTURE DU DEUXIEME COLLOQUE
KOLE TET KOLE ZEPOL (KTKZ)
« LANCER UNE DYNAMIQUE SOCIALE ET ECONOMIQUE COMMUNE AU SERVICE DE NOTRE PAYS »
I-Accueil
Bonjour a tous – Bienvenue au 2ème colloque du Kolé Tet kolé Zépol dont la thématique s’intitule « lancer une dynamique sociale et économique commune au service de notre pays ».
Je me présente : Brigitte BLEZES- Ecologue de formation – Responsable du centre de l’écologie à la ville de Sainte Anne – Militante au MODEMAS.
II- Philosophie du KTKZ
Je rappelle que notre présence ici aujourd’hui n’est pas fortuite, qu’elle émane d’une réelle volonté commune à tous d’aider notre pays à faire face aux défis qui l’attendent à l’entame de cette deuxième décennie du 21ème siècle.
Le Cercle KTKZ veut assumer sa mission citoyenne en proposant à toutes les forces vives du pays de se réunir dans un esprit de concorde, voire fraternel pour un bokantaj productif pour l’avenir du pays.
Il a pour objectif principal de fédérer nos savoirs faire, nos expertises dans plusieurs domaines et les mettre au service de notre peuple.
Le cercle KTKZ n’est pas un parti politique de plus comme l’a déjà dit Robert SAE à plusieurs reprises, c’est bel et bien un espace d’échanges et de réflexions pour impulser la dynamique salvatrice que nous espérons tous pour la société martiniquaise.
Il s’agit pour nous qui sommes réunis ici à l’AMEP, pour nous qui vivons et travaillons dans et pour ce pays, pour nous qui avons fait souches dans ce pays, de porter notre contribution pour l’élever très haut et le sortir de l’impasse dans lequel il se trouve aujourd’hui.
III- Point de vue sur le KTKZ
C’est un espace de rencontre certes mais aussi il doit être un espace d’inventions, de création bref un laboratoire d’idées révolutionnaires qui doivent se nourrir de notre imaginaire martiniquais.
La Martinique est un pays qui regorge de cerveaux brillants, de compétences multiples. C’est un pays petit par la taille mais connu dans le monde entier grâce à ses illustres comme Césaire, Fanon, Glissant, Koko René- corail, Hector charpentier, Malavoi etc..
Tout de même avec ces « fers de lance », nous nous devons d’être en capacité d’inventer des modèles de développement social et économique mieux adaptés à nos réalités, au lieu d’adopter sans relâche des modèles extérieurs inadaptés qui font dysfonctionner notre société.
Je rappelle que lors du premier colloque dont la thématique était : « Démocratie et pouvoir » un certain nombre d’idées fortes en sont ressorties.
• La première a été de constater qu’ « il y a urgence à porter des solutions pour éviter une débâcle généralisée de notre pays » qui subit des fléaux tels que les dégâts de la crise financière et économique mondiale, son environnement qui est menacé, les familles qui implosent, des jeunes en dêches, etc..
• La deuxième idée forte qui s’est exprimée « est l’exigence de l’effort collectif qui seul pourra inverser les tendances néfastes »
• La troisième idée qui en ressort c’« est l’importance de la formation et de l’information dans la construction d’une société émancipée et démocratique »
Après avoir fait cet inventaire du réel comment devons nous enclencher cette dynamique salvatrice ?
C’est tout le sens de notre présence ici aujourd’hui puisqu’ il nous faut Kolé tet ek zépol pour « lancer une dynamique sociale et économique commune au service de notre pays ».
Qu’avons-nous alors à proposer à nous même ?
Il me semble que c’est le moment de nous refonder en notre culture, en notre terre afin de faire émerger un projet de société alternatif idéal pour notre pays ?.
Ce projet est destiné à qui ? – A toutes les générations et particulièrement envers les jeunes générations.
IV- Petite réflexion sur nos jeunes
Qu’avons-nous à proposer à cette jeunesse martiniquaise dont l’imaginaire est constamment violé par des modèles autodestructeurs venant du dehors (d’Europe ou des Etats Unis), et par des mythes imposés?
Il me semble que l’un des indicateurs les plus symptomatiques de la décadence ou de la renaissance d’une société se mesure au dynamisme de sa jeunesse.
Notre jeunesse dans qu’elle dynamique est elle, dans la positive ou la négative ? – Le savons nous réellement ?
Toutefois ce qui est sûr c’est qu’en dépit d’un pourcentage important de jeunes qui essaient de réussir leur vie, une autre partie non moins négligeable occupe nos places publiques tous les jours, nous rappelant ainsi par leur présence permanente leur existence et surtout leur détresse.
Mais il y aussi ceux qui croient trouver leur salut dans le « Kaïda » et qui au final n’y trouvent que la mort. Sans compter les trop nombreux suicides au volant des voitures et motos, à l’alcool et à la drogue.
Nous savons que la rue est le dernier Marche pied avant la geôle ou la mort alors quoi faire ?
Nos jeunes laissés au bord de la route se disent en guerre contre le système.
Le système c’est qui ? Est-ce nous ?- si c’est nous, cela relève peut-être du conflit de générations.
Si ce n’est pas nous c’est contre qui alors ? Il faut peut-être chercher.
Je pense qu’il y a un mélange de tout, sans doute se battent –ils aussi contre des ombres, des mondes qu’ils ne comprennent pas et qui les dépassent, avec des imaginaires du dehors et des mythes qui leur sont imposés et de nombreux doutes.
N’empêche que la détresse d’une partie de cette jeunesse doit nous interpeller car si elle se solde par les dérives ou la mort physique pour certain d’entre eux, elle se solde aussi pour nous les aînés par la cassure inéluctable du lien social entre générations ce, par défaut de communication et murs d’incompréhension.
Notre travail d’aujourd’hui aura à gagner à mon avis en intégrant la problématique de la jeunesse de notre pays au centre de nos échanges. Notre avenir c’est eux. S’ils sont défaillants demain nous qui sommes ici nous n’avons pas de futur.
C’est là que se perçoit très bien la nécessaire, la plus qu’utile solidarité intergénérationnelle.
Qui sera là aux soirs de nos vies lorsque la vieillesse et tout sont cortège de maladies pointera son nez ? Cela devrait être nos jeunes. Lorsque nous serons plus vulnérables, qui veillera sur nous et nous protégera. Qui gardera la maison Martinique plus tard ? Cela devraient être eux, mais aujourd’hui qui sont –ils et où sont-ils ?
Merci à tous
La Présidente de séance
Brigitte BLEZES
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SYNTHESE DES TRAVAUX DU DEUXIEME COLLOQUE
KOLE TET KOLE ZEPOL
« LANCER UNE DYNAMIQUE SOCIALE ET ECONOMIQUE COMMUNE AU SERVICE DE NOTRE PAYS »
J’ai intitulé la synthèse de notre travail d’aujourd’hui « une note d’espoir », parce que j’ai senti en nous cette volonté impérieuse de trouver ensemble des solutions afin de sortir la Martinique du marasme.
Je tiens particulièrement à nous féliciter pour la grande qualité du travail fourni et aussi pour avoir fait mentir ceux de chez nous qui disent souvent « Matinitjé pas a sav yo lé ek y opa ka prodjwi ayen ». En effet, non seulement nous savons ce que nous voulons, mais nous avons ce jour grâce à une bonne production immatérielle, porté notre contribution pour une mutation positive de notre pays.
Nous voulons donc une société où le martiniquais se sente bien, dans laquelle il vit en harmonie avec son environnement, dans sa culture sans s’enfermer, en spiritualité, en fraternité et en humanité avec ses frères et sœur du pays.
Le citoyen martiniquais dans notre société idéale ne doit pas être réduit à un simple consommateur, ni à un jouet aux mains des multinationales qui font la pluie et le beau temps dans sa vie, s’arrogeant même le droit de décider son mode de vie, ses codes vestimentaires, bref de façonner son destin. Nous voulons que ce citoyen soit éduqué, qu’il développe son savoir être et ses savoirs faire, qu’il s’auto-émancipe à travers la connaissance pour un mieux vivre durable.
1- Nous connaissons nos faiblesses
Nous énoncerons par exemple comme faiblesses :
• Le rapport du Martiniquais au travail qui est particulier. Il a des difficultés à donner du sens au travail et il y a confusion chez lui entre les notions d’emploi, de travail et d’activité. Ce rapport au travail est à démystifier et à refonder.
• Notre approche de la gouvernance est biaisée car il y a un flou total entre le contenu réel du pouvoir local face au pouvoir de l’Etat. Nous ne pratiquons pas une gouvernance partagée avec l’Etat, mais une gouvernance de soumission à une autorité considérée par nous quasi implicitement comme supérieure, voire plus éclairée que la notre.
• Notre rapport à la France est malsain car nous sommes entre autres, les sous-traitants des nombreux dysfonctionnements de ses structures politiques et administratives.
• Notre rapport aux autres est compliqué, car nous sommes toujours dans la défiance envers nos compatriotes et dans les aprioris envers les autres.
2- Nous connaissons nos atouts
Certains sont les suivants :
• Nous sommes un grand peuple même si notre pays est petit en superficie
• Le Martiniquais est productif, la Martinique regorge de talents, de grandes compétences qui sont aussi bien dans le pays ou hors de lui.
• Nous disposons d’un potentiel naturel et culturel riche et divers certes peu valorisé
• Nous sommes très créatifs de part notre histoire et surtout le génie de notre culture.
3- Nous pouvons analyser des problèmes d’ordre structurel et conjoncturel et être une force de propositions aussi bien :
a)-Au niveau politique
Nous savons que le « mille feuilles » de collectivités territoriales appliqué à notre territoire, « Assemblée Unique » ou pas à terme sera toxique, tant il est vrai que les compétences de ces différentes institutions ne seront pas complémentaires mais se chevaucheront, avec à la clef fort injustement la perte de la close générale de compétences pour cette future « Assemblée unique ».
Aussi il est bon de constater que de nos jours, il y a un phénomène de décentrement du pouvoir politique en Martinique. Effectivement on est entrain de passer d’une démocratie représentative à une démocratie fonctionnelle, avec multiplicité et chevauchement de compétences, ce qui nous fige dans nos status et nos dynamiques sociales mais aussi économiques.
Nous pensons qu’il faut mettre en place dans ce pays d’autres dispositifs plus transparents, plus efficients moins pléthoriques pour une gestion durable de notre population et de notre environnement.
Il est aussi clair pour nous qu’un projet politique alternatif est viable dans notre pays, à partir du moment où la puissance publique peut garantir la sécurité et les besoins du peuple ce, autour d’un contrat social fort entre élus et population dans le cadre d’une démocratie participative.
b)-Au niveau économique et social
Plusieurs leviers sont proposés :
• Le travail est à revaloriser
• La sphère publique et la privée doivent se réconcilier pour plus de création d’emplois.
• Proposer une banque de développement pour le pays, afin de dynamiser son économie à partir d’axes stratégiques concertés et adaptés aux diverses compétences locales.
• Proposer un développement du pays dans lequel l’environnement, la culture, l’économique et le social sont interdépendants
4- Alors qu’est – ce qui nous empêche de passer à l’action ?
Qu’est ce qui peut tant nous paralyser jusqu’à nous mener à l’attentisme, voir à l’inaction ?.
En clair nous connaissons nos forces et nos faiblesses. Nous avons des remèdes efficaces à proposer pour guérir de nos maux, mais nous n’arrivons toujours pas à nous « dézenkailé». Pourquoi ?
D’aucuns pensent :
• Que c’est l’éducation nationale qui ne répond pas du tout aux aspirations des petits martiniquais, qui les formate à devenir des petits européens et être de bons petits consommateurs disciplinés subissant les diktats de la mode exogène.
• Que nous avons un manque de confiance notoire en nous et même une défiance entre nous ce qui nous empêchent de faire peuple afin de construire un projet commun viable pour le pays.
• Qu’il semble que nous ayons gardé de vieux schémas de pensées hérités de l’habitation selon lesquels le nègre seul ne peut rien faire, mais qu’il lui faut toujours « son papa blanc » pour le conduire vers son salut.
Aujourd’hui nous démontrons par notre présence à ce colloque que tout n’est pas vain. Nous devons continuer sans aucun complexe dans l’action, dans la concertation pour imposer nos points de vue.
Nous savons faire bouger des montagnes lorsque notre dignité est bafouée, cela s’est d’ailleurs vu récemment par notre cri d’indignation du haut du perchoir de l’Assemblée nationale française et c’est très bien. Nous devons donc avoir ce même courage politique quand il s’agit aussi de défendre les intérêts sociaux et économiques de notre pays car il y va de notre survie.
Forts de ces constats et donc pour lancer une véritable dynamique sociale et économique commune au service du pays, il nous faut au préalable :
1- Nous fédérer autour d’un projet de développement commun qui doit-être un projet alternatif répondant à nos attentes et incluant notre culture et notre environnement.
2- Avoir une autre conception du développement et alors changer de paradigme sur cette notion du développement. En effet les taux de bétonisation et d’urbanisation ne doivent pas être les principaux indicateurs du développement d’un pays.
3- Prioriser le développement endogène avec une gouvernance locale forte.
4- Faire des choix politiques audacieux qui permettront la mise en place d’un véritable développement durable et solidaire au service du peuple martiniquais.
Le cercle KTKZ est un espace d’échange et de réflexions très utile qu’il nous faut sans hésitation perpétuer. Ce ne sont pas les autres qui trouverons les solutions à nos problèmes mais ce sont nous les martiniquais. Comme a dit un sage du pays je cite : « …après tout, les meilleurs spécialistes des affaires martiniquaises, ce sont les martiniquais eux-mêmes » ! L’heure de nous même a sans aucun doute sonnée.
La Présidente de séance
Brigitte BLEZES
Fin de la séance 16h45
Précision:
M. Jean ABAUL nous demande de préciser le nom de l’auteur de la citation suivante faite au cours de son intervention. (Nom qu’il avait évoqué oralement)
» Le problème des pauvres n’est pas celui de la pauvreté, c’est celui de la configuration des savoirs, des pouvoirs et des modes d’intervention qui les ont dépossédés de leurs propres instruments de lutte contre la misère. »
L’auteur de cette citation est l’économiste mexicain GUSTAVO ESTEVA.
ATOUTS & CONTRAINTES DE LA SOCIETE MARTINIQUAISE
« Sommes-nous pauvres de notre richesse ou riches de notre pauvreté ???»
Raphaël VAUGIRARD
Economiste du développement
Au traumatisme de notre réalité complexe et multiforme bien décrit par Mme Blézes et Antoine Maxime, je propose l’électrochoc d’une question « sommes-nous pauvres de notre richesse ou riches de notre pauvreté ? ».
Au-delà de la formule, le devoir de tout Martiniquais conscient, lucide et objectif est de dépasser les apparences de notre pays, ne pas s’arrêter aux « cache-misères », aux faux-semblants, aux discours et affichages masquant notre réel et sa complexité. C’est à quoi nous invite la question, comme une introspection.
Notre devoir d’élu est de partager avec chacun d’entre nous, de vraies questions sans fard sur notre réalité, pour jouer son rôle éducatif et de constructeur d’une société en quête d’elle-même et de sa cohésion. Et de montrer le sens et les limites de son action…
Notre devoir est de ne pas sous-traiter à d’autre l’interprétation de notre réel.
C’est dans cet esprit que j’ai accepté d’apporter ma contribution à cette réflexion collective, justement pour nourrir le « faire ensemble », la « mise en commun », l’échange vrai…
Et je tiens à remercier très sincèrement tous ceux qui sont à l’origine d’une telle initiative.
La question posée est une manière de faire le point avec nous-mêmes :
. Sommes-nous en progrès ? Si oui, par rapport à quelle période de référence ? Si on met de côté les évidences que sont le progrès sanitaire, l’espérance de vie, les infrastructures et équipements, etc.
. Sommes-nous en déclin ? Si oui, par rapport à quelle période faste ? Pouvons-nous prendre en référence le système colonial qui avait fini par établir une certaine stabilité sociale au prix d’une stratification sociale et raciale.
. Savons-nous exactement ce qui constituerait notre progrès ? ou notre régression ?
. En dehors des enjeux électoraux quelle est la vision la plus démocratiquement partagée par le plus grand nombre d’entre nous ? vision qui nous permette d’avancer sûrement dans un Projet, un Modèle de vivre ensemble ?
. Sommes-nous « en panne » ? En panne de quoi ? De finances ? D’aides en cette période de crise? de projets ? ou d’un PROJET/ Malgré les milliards d’€ du budget de l’Etat, de la Région, du Département, des EPCI, des communes nous affichons invariablement 30.000 Rmistes et plus de 35.000 chômeurs.
. Le rapport SUDRIE commandité par la CCIM en 2003 affirmait qu’en 1950, nous avions le niveau de vie de la Côte d’Ivoire, et qu’ en 2000, avec un PIB de près de 20.000 €/hab nous avons l’équivalent de l’Autriche, sommes-nous pour autant un pays développé? ou un pays sous développé modernisé ?
. Sommes-nous des assimilés français honteux? des nègres complexés, des mulâtres aussi prétentieux que désorientés, des petits bourgeois qui s’ignorent ?
. Sommes-nous en « crise » ou en « mutation » ?
Voilà quelques amorces de questions de fond, déterminantes, auxquelles nous devons réfléchir ensemble et mettre en commun les réponses,
En observant le « fonctionnement au quotidien » de notre communauté, reconnaissons que nous nous accommodons de l’entre-deux, de l’ambigüité, des « logiques individuelles » qui ne se fondent pas dans une « logique globale ». Qui peut affirmer quel est le sens réel d’évolution de la société Martiniquaise ? Tellement les repères ou les critères sont insatisfaisants, les mesures sont peu fiables pour ne pas dire incertaines.
Dans ce questionnement collectif il nous faut une boussole, un outil de navigation dans cette introspection collective.
……….
Chers amis, c’est ainsi que j’aborde le thème qui m’a été proposé : « Quelles seraient nos « Atouts » et nos « Contraintes » ?
Encore plus à l’ère planétaire, chaque communauté humaine, petite ou grande, a ses combats au monde, son « métabolisme social » particulier, ses illusions, ses rêves, ses richesses et ses pauvretés.
En Martinique derrière les apparences d’une société riche et prospère se cachent des dualismes inquiétants : jeunes/vieux, actifs/inactifs, pauvres/riches, producteurs/consommateurs, hommes/femmes,.., et, d’un autre côté, il existe également des Savoirs (savoir-faire et savoir être), des Solidarités et des Sagesses non révélées, en tout cas très insuffisamment reconnues et insuffisamment transmises entre générations.
Aussi je souhaite vous dire quelques domaines où les « changements-critiques » me paraissent essentiels.
I – L’homme Martiniquais et les rapports humains entre Martiniquais : nous pourrions concevoir une citoyenneté Martiniquaise codifiée et enseignée.
C’est peut être par là qu’il faut commencer, pour sortir du rapport à l’autre parfois problématique, prendre conscience des séquelles de l’esclavage qu’inconsciemment nous reproduisons sous des formes larvées. L’affirmation d’une « citoyenneté martiniquaise » viendrait en appui à l’identité Martiniquaise pour construire l’homme Martiniquais. La réparation dont parlent plusieurs courants d’idées chez nous ne peut se faire de l’extérieur, c’est nous-mêmes qui devons nous réparer, même si nous devons exiger de l’ancien colonisateur des conditions pour réussir cette construction. Le progrès ne viendra pas de l’extérieur. Le progrès c’est nous par rapport à nous-mêmes. Je crois en une citoyenneté Martiniquaise, que nous devons codifier au sein d’une institution Martiniquaise. Rien ne nous empêche de concevoir des cours « d’instruction civique » à enseigner aux enfants et aux adultes, pour collectivement EXORCISER le passé, tourner cette page. Et forts de cette sagesse supérieure, mieux nous ouvrir au monde et à l’avenir. Notre atout c’est la philosophie Martiniquaise (enrichie des œuvres Césaire, Fanon, Ménil, etc.) PHILOSOPHIE QUI A DEJA FAIT LA REVOLUTION DE NOTRE SINGULARITE DANS L’UNIVERSEL.
2 – Le rapport au travail du Martiniquais : nous sommes pauvres du chômage et riche de la capacité d’activité des Martiniquais
Le rapport au travail est à démystifier et à refonder sur la base de « l’activité » qui est une catégorie du développement endogène vrai de ce pays.
Cette réalité a été dénoncée par le Psychologue Bertrand Edouard dans les années 1960. Il expliquait que le Martiniquais tend à travailler pour quelqu’un « je fais ça pour toi » avec une charge affective. Et non comme sa contribution à une œuvre sociale où il apporte ses aptitudes et savoir faire acquis dans sa société. « je travaille pour être utile aux autres ». Il faut reconnaître cette problématique, qui correspond à une contrainte dans le fonctionnement social de notre pays. N’ayons pas peur de le dire, comme le laissait entendre B. Edouard, c’est une séquelle de l’esclavage, que nous devons dépasser pour évoluer et valoriser LE TRAVAIL. Il y a de vrais risques à laisser les choses en l’état.
Le danger est grand de confondre « emploi », « travail » et « activité ». Le chômage est un phénomène récent chez nous, la notion a été importée de la France industrielle. Notre histoire est marquée par la « pluriactivité », et donc l’activité en tant que création d’utilités sociales. Depuis la départementalisation nous subissons le transfert mécanique de règlementations (sanitaire, éducatif, travail,..). L’ANPE a été implantée chez nous en 1976 et depuis on observe que les normes appliquées, les méthodes mises en œuvres déterminent un taux de chômage n’est jamais descendu en dessous de 22%, même en période de croissance forte. Par contre l’activité n’a pas été étudiée. Il y a encore 50 ans c’était inconcevable qu’un jeune disposant de 1 à 2 ha venant de sa famille puisse se déclarer chômeur et s’inscrire à l’ANPE. ! ! !
3 – Le respect de la terre : le plus lourd danger à MT et LT pour la Martinique vient du changement de perception du rôle de la terre
En quelques générations la terre qui a toujours représenté la matrice nourricière des Martiniquais, un moyen de produire et de nourrir la population est devenue une source de spéculation et d’enrichissement. Le système économique qui s’est superposé à la plantation, et, l’arrivée des documents d’urbanisme (POS né de la LOF de 1967), ont progressivement façonné la mentalité de « terres constructibles ». Les propriétaires (petits, moyens, gros) sont plus préoccupés par le classement au POS de leur terre plutôt que leur rendement agricole. Aujourd’hui, tout propriétaire tente d’extraire une « rente foncière » venant de la rareté de la terre, associée à une « rente urbaine » venant de la vocation urbaine de la terre. L’attrait de l’argent facile est très fort dans notre pays.
Nous n’en sortirons pas si nous ne mettons pas en œuvre les politiques appropriées : il est urgent de constituer une « banque de terres agricoles » pour louer la terre aux agriculteurs, développer des programmes d’installation de jeunes formés dans les structures LEGTA, CFPPA, etc., qui forment des centaines de producteurs. Il est urgent de renouveler les générations d’agriculteurs avec un véritable accompagnement des producteurs…
Le rôle de la terre me semble être l’un des plus sûrs indicateurs de notre développement et de ses évolutions.
4 – Nous sommes pauvres de l’évolution de notre mode de consommation. Cet appauvrissement doit être démystifié
Le comportement de consommation des Martiniquais est l’un des problèmes les plus préoccupants des points de vue humain, social et économique. Rarement un pays aura basculé aussi rapidement dans la consommation de masse que la Martinique. On peut sans difficultés identifier les 3 vagues suivantes qui se superposent. A partir des années 1970 (c’est la vague électroménager, les TV, la hi-fi, le mobilier, les voitures,..), dans les années 1990 (la vague du fast-food, Mac-Do, Pizza,..) et depuis les années 2000 (la vague des téléphones cellulaires, ordinateurs, canal-sat, le cable, inter-net, ..). Ces trois vagues ont fait du Martiniquais, un consommateur mondial. Il adopte sans aucune retenue les nouveaux besoins, les nouveaux conditionnements publicitaires, les nouvelles modes. Ce phénomène accentue la déconnexion totale entre « produire » et « consommer », entre « revenus» et « dépenses ». C’est ainsi que s’affaiblit toutes les structures de notre société. Le système de solvabilisation de la demande, les revenus de transferts et autres, l’urbanisation et le mode de vie urbain sont les ressorts du nouveau système. Toutes les catégories sociales s’enfoncent de plus en plus dans ce comportement compulsif.
Michel Louis économiste a écrit une thèse sur la consommation en Martinique où il explique que c’est un langage social qui est structuré à travers la consommation. Nous sommes dans « l’économie des signes » développée par J. Baudrillard. Consommer c’est exister et croire qu’on accède à un bonheur par des pulsions. C’est aussi se différencier par rapport à autrui en affichant une position sociale supposée.
Il a fallu la crise de février 2009 pour mesurer un instant, la distance qui sépare nos modes de consommation et de production, le temps d’une crise. Mais une fois la crise passée, les bas revenus quelque peu revalorisés, nous revoilà plongés dans la spirale consumériste par le conditionnement décervelant du système capitaliste Martiniquais associé au capitalisme franco-européen et au capitalisme mondial.
5 – Notre apprentissage de la Gouvernance
La notion de gouvernance est très récente dans le vocabulaire politique local. Il n’est pas sûr qu’on lui donne toujours le même sens, mais il présente l’avantage de poser la question du contenu réel du pouvoir local tant du point de vue politique que du point de vue économique et social.
Face au pouvoir de l’Etat qui maîtrise la transformation sociale, la notion de Gouvernance interroge au niveau politique, notre modèle où domine le « populisme », cette tradition de séduction du peuple et des électeurs, les promesses de mieux-être. Le « clientélisme » est la stratégie de base à laquelle toutes les parties s’accommodent en période de non-crise. Les choses risquent de changer en période de crise durable..
La Gouvernance nous oblige à mettre à nu les enjeux du pouvoir Martiniquais que nous devons gagner. Elle sera sûrement un enjeu d’avenir. La crise durable qui s’annonce va sans cesse poser le problème du « comment faire mieux avec moins », face à des populations exigeantes, en proie à la paupérisation et au vieillissement…
CONCLUSION : Nous sommes confrontés à des « changements-critiques » qu’il nous faut gagner et réussir…
Je ne suis pas sûr d’avoir bien montré nos « Atouts » et nos « Contraintes » de développement, ou de renforcement de notre cohésion sociale, pour mieux avancer ensemble dans l’assurance d’un progrès collectif.
J’ai plus l’impression d’avoir mis le doigt sur quelques « changements critiques » majeurs que nous devons réussir pour avoir des codes d’accès à notre capacité de nous prendre en mains,.., et comprendre le «logiciel martiniquais ».
En écoutant chaque Martiniquais, en regardant ses réflexes, ses rêves et ses revendications,.., en prenant conscience de la complexité de notre réalité collective et de la simplicité du système dominant, on pourrait se dire que le Martiniquais vit dans sa mentalité une forme de contrat avec le système français…
C’est peut être pourquoi aucun projet qui ignore ce « métabolisme » ne pourra lui forcer la main.
Alors partons de là et expliquons à chacun d’entre nous, éduquons nous dans le sens que nous pouvons aussi concevoir notre Contrat de progrès collectif, construire un « nous » martiniquais et avançons ensemble dans le « contrat social martiniquais ».
Alors commencera notre marche de Peuple et ce sera notre plus grand atout.
Merci.
ATELIER N° 2
CONSTRUIRE UN DEVELOPPEMENT DURABLE ET SOLIDAIRE, C’EST A DIRE UN DEVELOPPEMENT ENDOGENE PRENANT EN COMPTE LE BIEN ETRE DES HOMMES
Rapporteur : Raphaël VAUGIRARD
En préambule, les membres du groupe ont convenu de réintituler l’atelier dont le thème initial se confinait à « construire une économie endogène ». La nouvelle appellation plus large réassocie « développement durable » et « développement endogène ».
Contrairement à la logique de l’Etat où le « développement endogène » (DE) est très en vogue car il signifie avant tout le « désengagement » de l’Etat (notamment au niveau financier, et nous comprenons aisément pourquoi), nous concevons le DE comme une dynamique de réappropriation de nos logiques et réductions de nos contradictions socio-économiques.
Il faut réaffirmer les fondamentaux du DE.
• Endogène, c’est en réaction au système antérieur marqué par la dichotomie « produire pour exporter » et « importer pour consommer », qui organise la dépendance ;
• Endogène, c’est pour réactiver la société grâce au travail et à la santé des hommes, réactiver la solidarité au sein des familles, du quartier, .., solidarité entre les générations dans la transmission des savoirs des aînés.
• Développement endogène, c’est sortir des schémas préétablis, les notions préconçues, inadaptées à notre réalité et concevoir une organisation sociétale qui combatte l’inactivité minant de plus en plus notre jeunesse ;
• Développement endogène, c’est aussi mieux utiliser les ressources locales dans tous les modes de valorisation des interdépendances socio-économiques et écologiques possibles ;
• Développement endogène, c’est aussi innover en réorientant l’épargne locale en tant que capacité d’autofinancement, et créer une dynamique de finances locales pour donner corps à une alternative nouvelle et moderne ; à ce titre un Fond d’Investissement pour assurer notre développement peut révéler des potentialités insoupçonnées ;
• Dans le développement endogène, l’action des collectivités embraye sur la réalité du pays, sur les plans « lutte contre le chômage », « lutte contre l’inactivité des jeunes », « lutte contre le déclin des structures productives ».. Ces collectivités sont efficaces lorsqu’elles s’appuient sur de nouvelles logiques de « réinvestissement » et localisent les mécanismes de la transformation sociale…
• Le développement durable et solidaire, participe à la converge des dynamiques sociétales, car il permet de créer de nouvelles ressources, de remobiliser les acteurs vers la production et de créer de nouvelles activités ;
• Le développement durable et solidaire lutte contre les inégalités sociales et humaines car il signifie le partage et des sacrifices pour la cause commune. Ce besoin a été exprimé à l’occasion de la crise de 2009 et montre que les esprits sont mûrs pour une nouvelle expérience collective. Dans ce cadre-là, il a été proposé une redéfinition des aides sociales y compris des « 40% ».
Le développement endogène véhicule aussi des logiques non-capitalistes, en encourageant, par exemples, les créations de coopératives de production et de commercialisation de produits (agricoles, artisanaux, etc) et en ouvrant dans ce domaine de nouvelles pistes de coopération avec d’autres pays voisins (Ste Lucie, Guadeloupe, Haïti, ..) confrontés au même souci que nous de limiter la prégnance de la logique libérale capitaliste.
Ce sont ces fondamentaux que nous devons faire émerger pour nous assurer d’un authentique développement endogène.
QUEL AUTRE MONDE ? QUELLE MARTINIQUE NOUVELLE? PROPOSITIONS
Maurice LAOUCHEZ,
RAPPEL. Objectif permanent de l’action publique: épanouissement individuel, mieux vivre ensemble.
4 grands leviers, aujourd’hui, dans cette direction.
1/ Le travail revalorisé.
2/ La monnaie maitrisée.
3/ La sphère publique et la sphère privée réconciliées.
4/ La transparence démocratique organisée.
1/ LE TRAVAIL REVALORISE.
11- 1500 heures maximum de travail par an et par adulte dans le monde entier.
12- Généralisation de la participation et de l’intéressement dans tous les lieux d’activité..
13- Equilibrage travail manuel / travail non manuel, notamment en termes de revenus.
14- Fiscalité égale entre les revenus du travail et les revenus du capital.
15- Systèmes de formation professionnelle et générale harmonisés, y compris en histoire des
peuples et des techniques.
2/ LA MONNAIE MAITRISEE.
21- Taux de change fixe entre toutes les monnaies du G20.
22- Taux d’intérêt des banques à trois niveaux: taux égal à l’inflation, taux égal
à la moitié de l’inflation, taux égal à deux fois l’inflation.
23- Interdiction de prêter pour quelque opération spéculative que ce soit.
24- Interdiction pour toute collectivité publique de recourir à de nouveaux emprunts.
25- Responsabilité pécuniaire des membres des organes de contrôle du système financier,
aux niveau national et international.
3/ LA SPHERE PUBLIQUE ET LA SPHERE PRIVEE RECONCILIEES.
31- Principe d’économie mixte et de pragmatisme, domaine par domaine, sur le critère du
meilleur rapport qualité/prix.
32- Confier aux secteurs mutualiste, coopératif et associatif, dûment contrôlés, la gestion d’au moins 50% du Produit Intérieur Brut ( santé, éducation, culture, sport, banques, assurances, etc…).
33- Détention par le secteur public de 35% du capital de toutes les entreprises oeuvrant dans les
domaines d’intérêt général.
34- Rôle de l’Etat renforcé en matière d’orientation, de péréquation et de contrôle; plus limité en
matière de gestion. Harmonisation des statuts public et privé.
35- Interdiction à toute personne d’occuper plus de 10 ans un mandat politique quelconque.
4/ LA TRANSPARENCE DEMOCRATIQUE ORGANISEE.
41- Limitation à trois des niveaux d’administration publique: Etat National, Région ou Etat
fédéré, Commune.
42- Interdiction de tout financement privé des activités politiques.
43- Accès en ligne des justificatifs de toutes les dépenses publiques civiles.
44- Mises en place d’organes de déontologie pour les métiers « sensibles »: communication,
enseignement, justice ; sous l’égide des Universités et d’organisations
internationales spécialisées et indépendantes.
45- Simplification et uniformisation mondiale des systèmes de prélèvements obligatoires.
5/ QUELLE MARTINIQUE NOUVELLE?
51- Lutte permanente contre toutes les formes de racisme.
52- Sortir de la culture de revendication et entrer dans une culture de vérité et de progrès
adaptée à notre réalité: la MARTINIQUALITE.
53- Priorité à l’investissement humain ( langues notamment) et matériel ( logement
social et urbanisme, transports en commun). Limitation de la publicité.
54- Exécution des décisions prises sur le statut et moratoire du statut jusqu’en 2030.
55- Mise en application des orientations développées dans les points 1 à 4.
LES COLLECTIVITES TERRITORIALES ONT-ELLES REELLEMENT LES MOYENS D’AGIR SUR LE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE ?
Intervention de Claude LISE
Secrétaire Général du Rassemblement Démocratique pour la Martinique
Ancien Président du Conseil Général
La question mérite d’être posée dans une période où, à l’évidence, l’Etat – qui est demeuré, après la décentralisation, l’acteur majeur en matière de développement économique – va accentuer son désengagement. A un moment où il va passer d’un désengagement insidieux à un désengagement revendiqué pour cause de crise des finances publiques.
La question mérite d’autant plus d’être posée que nous allons vers la mise en place, dans deux ans, d’une collectivité unique dont les Martiniquais vont, à coût sûr, attendre beaucoup, y compris en matière de développement économique et de création d’emplois. Leurs attentes dans ce domaine ne seront d’ailleurs pas forcément en cohérence avec le choix qu’ils ont exprimé en janvier 2010.
Avant d’aller plus avant, une rapide mise au point s’impose : ce dont il est question lorsque l’on évoque l’intervention des collectivités territoriales en matière de développement économique, c’est :
- d’une part, tout ce qui concerne la réalisation d’infrastructures et d’équipements (relevant par conséquent des budgets d’investissement de ces collectivités) ;
- d’autre part, toutes les aides directes destinées à favoriser la création et l’extension d’activités à caractère économique.
Cela ne doit néanmoins pas nous faire oublier les sommes importantes relevant des budgets de fonctionnement de ces collectivités et qui sont injectées dans les circuits économiques. Par exemple, si l’on considère le Conseil général, il y a bien sûr ce qu’il mobilise en investissement, mais il y a aussi les salaires qu’il verse à plus de 2 200 agents, les salaires qu’il permet à des associations – qu’il subventionne – de verser, les allocations qu’il verse (RMI, PCH, APA,..), etc. ;
Tout cela alimente le pouvoir d’achat des consommateurs qui font tourner la machine économique.
Toutes les collectivités territoriales interviennent évidemment de cette façon.
Cela dit, notre propos se veut centré sur l’action économique au sens où on l’entend habituellement.
Dans ce cadre, je veux rappeler et souligner que toutes les collectivités territoriales sont habilitées à intervenir. En effet, au moment de la mise en œuvre de la décentralisation, le législateur a considéré qu’il fallait reconnaître à chaque collectivité la légitimité de participer à la maîtrise du développement de son territoire.
Cette compétence est donc une compétence partagée entre l’Etat (acteur principal) et chacune des autres collectivités territoriales (ainsi que leurs groupements, tels que les communautés de communes et d’agglomération), même si, il faut le souligner, un rôle particulier est reconnu en la matière à la Région (par les lois de décentralisation de 1982 -1983, par la loi de 2002 relative à la démocratie de proximité et celle de 2004 relative aux libertés et responsabilités locales).
Et, de fait, l’on a assisté depuis la décentralisation à une remarquable montée en puissance de l’engagement financier des collectivités territoriales dans le cadre de leurs politiques de développement économique.
Un chiffre donne la mesure de cet engagement : les collectivités territoriales de l’Hexagone financement 73% de l’investissent public civil ! Dans nos départements d’Outre-mer, le niveau est nettement plus élevé, traduisant une volonté des élus de combler le retard de développement et notamment les retards en infrastructures et en équipements. Ainsi, les collectivités territoriales d’Outre-mer financent 85% de l’investissement public civil !
Un autre chiffre démontre l’importance de l’engagement des collectivités territoriales : les dépenses affectées par celles-ci à l’action économique ont atteint 6 milliards d’euros en 2004 (selon une étude menée en 2005 par le Ministère de l’économie et des finances) :
- les communes ont engagé plus d’un milliard d’euros ;
- les groupements de communes à fiscalité propre : un peu moins d’un milliard d’euros ;
- les départements : environ 1, 7 milliards d’euros ;
- les régions : environ 2,4 milliards d euros.
Une question se pose évidemment : pourquoi, avec un tel niveau d’engagement financier, les collectivités territoriales ne parviennent-elles pas à obtenir de bien meilleurs résultats que ce que l’on constate pratiquement partout – et tout particulièrement dans les DOM – en matière de politique locale de développement économique ? (différentes études montrent, en effet, une faible corrélation entre les aides versées et le développement économique du territoire).
Eh bien, on peut compter trois raisons :
- la première, c’est que si importants soient-ils, les moyens financiers mis en œuvre sont loin d’être à la hauteur des enjeux (compte tenu de l’insuffisance des ressources des collectivités territoriales),
- la deuxième, c’est que l’Etat, tout en se désengageant, contribue à asphyxier ces collectivités puisqu’il leur enlève les ressources fiscales (dernière en date : la TP). Il gèle ou même réduit ses dotations et leur transfert de plus en plus de charges.
- La troisième, Cela pose évidemment le problème d’une indispensable réforme visant à doter les collectivités territoriales des ressources leur permettant d’assumer leurs compétences (notamment une réforme de la fiscalité locale) ; également le problème du manque d’efficacité des dispositifs d’aides mis en œuvre localement du fait de leur multiplicité, de leur complexité et de leur manque de cohérence.
Les dispositifs sont, en effet, très nombreux (on en a recensé près de 5000 !). Leurs procédures de mobilisation sont complexes, leurs coûts de gestion élevés (en moyenne, selon certaines études, de l’ordre de 25% du montant de l’aide versée. Ces études montrent également que plus l’aide est modeste plus son coût de gestion est élevé). Ces dispositifs font souvent appel à plusieurs acteurs intervenants en partenariat, dont l’Etat, l’Etat qui intervient par l’intermédiaire de ses services déconcentrés mais également par le biais de représentations locales d’agences et d’établissements publics nationaux.
L Europe intervient également. En financement, mais également sur un plan normatif, en imposant des règles malheureusement pas toujours adaptées aux réalités locales.
Par ailleurs, certaines collectivités territoriales confient à des organismes périphériques (aux statuts juridiques divers) l’instruction et la gestion de certains dispositifs d’aides.
Tout cela provoque des juxtapositions d’actions, des enchevêtrements, sources de gaspillages de deniers publics ; sources aussi d’allongement des délais de traitement des dossiers et donc sources de perte d’efficacité.
Tout cela s’avère difficilement lisible pour les acteurs économiques, notamment les très petites entreprises qui se plaignent d’être perdues dans la jungle des procédures et des formalités.
Enfin, il faut déplorer l’absence ou l’insuffisance d’indicateurs mettant en relation objectifs et réalisations et, au final, l’absence ou l’insuffisance de procédures d’évaluation des dispositifs mis en œuvre.
On comprend donc que de plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer, non seulement que les collectivités territoriales puissent, comme dans d’autres pays (notamment de l’Union européenne) disposer de ressources propres à la hauteur de leurs missions, mais que l’on procède à une reconsidération totale des dispositifs d’aides des collectivités publiques (Etat compris) à l’économie.
Ces dispositifs doivent être moins éclatés, moins complexes, mieux coordonnés et mieux gérés.
Mais ils doivent également mieux répondre aux attentes des acteurs économiques et, surtout, aux exigences économiques actuelles et futures (fort différentes de celles qui prévalaient au début de la décentralisation).
Ils doivent notamment mieux prendre en compte les besoins en matière de recherche-développement et de fonds propres des entreprises innovantes et, tout spécialement, des plus petites.
Pour terminer, quels enseignements tirer de tout cela pour notre future collectivité unique ?
1) S’agissant du problème des ressources, il va évidemment se poser pour la collectivité unique comme pour toutes les collectivités territoriales françaises, puisque cette collectivité unique va résulter, conformément à la loi et au vote des Martiniquais, d’une « fusion-juxtaposition » de nos deux collectivités actuelles (départementale et régionale) et qu’elle va relever du régime juridique du droit commun.
La collectivité unique sera sur ce point, il faut bien en avoir conscience, tributaire d’une éventuelle réforme concernant l’ensemble des collectivités territoriales françaises.
2) En revanche, il me semble que la mise en place de la collectivité unique peut être l’occasion d’une amélioration des dispositifs d’interventions économiques. Il est donc certainement indispensable, dans le cadre de la préparation de la mise en place de la collectivité unique, que figure en bonne place une réflexion sur « comment repenser la conception et la gestion de ces dispositifs » (ceux évidemment pour lesquels les élus locaux disposent de marges de manœuvre).
3) Je veux, enfin, attirer l’attention sur un problème dont on n’entend pas parler chez nous et qui me parait très important à considérer, notamment dans le cadre de notre sujet : il concerne ce que l’on appelle « la clause générale de compétence ». C’est-à-dire la base juridique sur laquelle peut s’appuyer toute collectivité territoriale pour intervenir dans tous les domaines où l’intérêt de son territoire est en jeu (sauf ceux où la loi confère l’exclusivité à l’Etat ou à une autre catégorie de collectivités).
C’est ce qui permet à des collectivités territoriales, en dépassant de façon volontariste leur domaine légal de compétence, d’impulser des politiques innovantes dont l’impact peut être particulièrement remarquable pour le développement économique de leur territoire.
C’est sur la base de la clause générale de compétence que le Conseil général de la Martinique a, par exemple, créé un véritable pôle d’excellence en matière d’étude et de prévention des catastrophes naturelles ; où qu’il participe, dans sa Station d’essais en cultures irriguées, à la mise au point de techniques de transferts embryonnaires en vue d’une véritable révolution de l’élevage bovin à la Martinique.
Eh bien, il faut savoir que dans le cadre de la « réforme Balladur » à partir de 2014, les régions et les départements ne bénéficieront plus de cette clause générale de compétence qui sera réservée aux communes et aux Etablissements publics de coopération intercommunale (loi du 16/12/:2010). La collectivité unique se trouvera donc dans une position moins favorable que ne le sont le département et la région actuels, et l’on risque d’être confrontés, sur notre petit territoire, à un nouveau type de concurrence voire de conflit entre collectivités territoriales (collectivité unique, CACEM, Espace Sud, etc.) dans un domaine, le développement économique local, où la collectivité unique devrait exercer un incontestable leadership.
A moins que le législateur n’ait à cœur de corriger cette aberration avant 2014. Ce qui suppose quand même, me semble t-il, un minimum de prise de conscience d’abord chez nous mêmes !
ATELIER 4
PREVENTION DES RISQUES MAJEURS
Rapport présenté par Madame Jocelyne SABINE
RISQUES MAJEURS
Dans un premier temps notre échange nous a permis d’identifier les risques majeurs par rapport à l’aléa du risque (probabilité que la catastrophe se produise) par rapport aussi aux enjeux (probabilité que les personnes et les biens soient impactés par la catastrophe).
• A la Martinique les risques naturels sont les cyclones, la houle, les inondations, les mouvements de terrain (glissement et éboulis), les séismes, les tsunamis, le volcanisme et enfin la foudre risque dont on parle peu mais qui peut avoir des enjeux forts.
A la marge nous avons les feux de forêts qui peuvent se déclencher spontanément mais le plus souvent sous l’action de l’homme.
• A la Martinique les risques technologiques sont les accidents industriels (raffinerie, centrale électrique, incinérateur, rhumerie, stations d’essence, transport de matière dangereuse etc…), les accidents chimiques (pesticides, métaux lourds..) qui polluent les nappes phréatiques et les cours d’eau, enfin les constructions et déboisements par l’homme qui provoquent l’envasement du littoral et perturbent le développement de l’écosystème marin. Certains de ces accidents s’installent sur le long terme tant dans leurs actions que dans leurs conséquences.
PREVENTION
Prévenir les risques majeurs c’est prévenir toutes les conséquences sociales, économiques et environnementales d’une catastrophe naturelle ou technologique. C’est aussi prévenir les catastrophes générées par le développement non maitrisé de l’homme (nous sommes dans une logique de développement durable).
Dans un second temps notre échange nous a donc permis de montrer ce qui, dans certains domaines, a été fait et ce qui reste à faire dans le domaine de la prévention. Tout n’a pas pu être abordé bien évidemment.
• Observer, surveiller, équiper
Il s’agit donc dans le cadre de la prévention de pouvoir observer dans le temps, surveiller les phénomènes donc d’équiper les logements de lieux sécurisés dans le cas des séismes par exemple.
Des tables parasismiques ont été élaborées pour les écoles, dans l’objectif de protéger les élèves, l’un des concepteurs Richard ROSEMAIN à travaillé à cette mise au point, cette table est commercialisée par la société CERTA (Conseil Etudes Réalisations Techniques Avancées), peu d’écoles sont équipées de ces tables.
Un concept de lits parasismiques « Sékirit’li » est aussi proposé par Emmanuel Marie-Luce, il n’y a pas encore de production à grande échelle.
La prévention c’est aussi équiper le Département en moyens de surveillance. C’est ce qui a été fait par exemple au Conseil Général sous l’ancienne mandature grâce à la compétence des services techniques. Des études scientifiques ont été financées et de grands travaux mis en place.
Construction du Centre de Découverte des Sciences de la Terre afin de développer la culture du risque, construction des évents du Front de mer de Fort de France qui garantissent l’intégrité de l’ouvrage en cas de cyclone et de houle
Le Conseil général a obtenu plusieurs prix en particulier en 2007 le CG a été récompensé par un Territoria d’Or pour le système d’alerte de crues et la caravane de prévention des risques majeurs, innovations réalisées en matière de développement durable dans le cadre de l’Agenda 21.
L’ex Président Claude LISE tenait à ce que le Conseil Général développe en Martinique des technologies performantes en matière de gestion et de prévention des risques naturels avec les métiers hautement qualifiés qui s’y rattachent ce qui a placé la Martinique comme pôle de référence dans la Caraïbe. Le Conseil Général s’est adossé au Pôle Mer PACA (Provence Alpes Cotes D’Azur) qui a une vocation mondiale pour les risques sismiques, au Pôle Euro- Méditerranéen pour les risques inondations, sécheresse et séisme.
L’action du Conseil Général s’est appuyé sur tout un ensemble d’appareils de mesure télé-gérés : inclinomètres pour les mouvement du sol dans des zones actives, accéléromètres pour la détection des secousses sismiques pouvant survenir sur les bâtiments (collèges, bâtiments administratifs…), limnimètres pour la mesure du niveau des cours d’eau, houlographes et marégraphes pour l’état de la mer, système de surveillance sismaux-acoustique, vidéo surveillance des zones à risques etc…
Ce Pôle d’excellence a doté le CG de véritables outils qui doivent être utilisés au maximum.
De plus la demande d’un Label Pôle de compétitivité déjà engagée par Claude LISE dans ce domaine doit être renouvelée afin de permettre un travail plus efficace tant avec les organismes privés qu’avec l’Université.
La modernisation de l’Observatoire du Morne des Cadets reste à poursuivre.
La convention avec l’IGN (Institut Géographique National) a donné des outils pour la connaissance du réseau routier qui doivent être exploités par chaque commune.
Tous ces outils permettent d’informer en temps réel les services de la préfecture et les municipalités chargés chargées de la diffusion nationale et locale de l’information.
• S’organiser pour gérer la crise.
Le Préfet arrête le Plan ORSEC du Département et les Mairies doivent disposer d’un Plan Communal de Sauvegarde (PCS) et des plans de secours.
Tous les collèges et lycées sont dotés d’un Plan particulier de Mise en Sureté (PPMS) pour permettre de faire face à un accident majeur en attendant l’arrivée des secours et pour mettre en œuvre les directives de la Préfecture, de la mairie et du rectorat.
Ce PPMS indique les membres du PC, les membres de la cellule de crise et des cellules opérationnelles, il est réactivé chaque année, les membres renouvelés si nécessaire. Des simulations régulières effectuées. Une articulation doit être définie entre le PPMS et le PCS
Cette articulation pourra se développer davantage avec la mise en place effective des PCS dans toutes les communes.
• Informer, éduquer
L’information est un axe important de la prévention elle est assurée par la préfecture et la mairie
Le préfet établit Dossier Départemental sur les Risques Majeurs, le maire établit de document d’information communale sur les risques majeurs (DICRIM). Ces documents sont disponibles au public.
L’éducation la formation du citoyen est indispensable :
Dans les écoles l’aide du Conseil Général est réelle depuis de nombreuses années, la Caravane de la Prévention équipée d’un simulateur séisme est un outil pédagogique destiné à sensibiliser les élèves et à les préparer à un comportement responsable face aux risques majeurs.
Dans le cadre scolaire l’éducation à la prévention des risques majeurs est présente dans les programmes scolaires en histoire géographie, éducation civique, physique et SVT. Dans le cadre du socle commun des compétences l’un des sept compétences est l’apprentissage de l’autonomie et l’initiative domaine qui permet aux élèves de se responsabiliser, d’avoir un esprit critique et de savoir argumenter, capacités qu’ils développent dans l’apprentissage de la prévention des risques majeurs.
Il reste beaucoup à faire notamment permettre à tous les élèves d’obtenir le PSC1 ( prévention et premiers secours niveau 1 ) obligatoire à la fin de la scolarité au collège.
Les administrations, les écoles sont concernés mais il faut aussi tenir compte du rôle de la société civile et engager vers elle l’information et la formation afin de développer la culture individuelle du risque. Faire en sorte que les associations s’impliquent dans la prévention, mettre en place des responsables de quartier.
La Journée Internationale de Prévention des risques (12 octobre) et les Journées « Réplik » au mois de novembre doivent être des moments privilégiés pour l’information et la formation de la population.
• Suivre la réglementation lors de l’aménagement du territoire
La prévention c’est aussi la règlementation parasismique : l’arrêté du 22 octobre 2010 fixe les règles de construction parasismique pour les bâtiments à risque normal, des normes spécifiques sont utilisées pour les bâtiments particuliers (hôpitaux, bâtiments industriels, etc…)
De nombreux bâtiments sont à reconstruire pour répondre aux normes parasismiques.
Le risque doit être pris en compte lors de l’aménagement du territoire cela est possible avec l’aide des plans de prévention des risques (PPR) disponible à tous sur internet.
• Faire un retour expériences le point sur ce qui a été vécu ailleurs ou ici, coopération avec la zone géographique de la Caraïbe.
DANS QUELLE SOCIETE VOULONS-NOUS VIVRE ?
Antoine MAXIME
J’aime bien répondre à cette question en commençant par penser à moi.
-Nous voulons vivre dans une société où des aînés comme moi soient regardés comme pouvant encore beaucoup apporter aux autres ! Où je sois considéré comme personne, respectable ayant le droit de vivre en société, de participer à la vie collective avec des droits et des devoirs : je n’aimerais pas être considéré comme un élément inscrit dans un système où seule la rentabilité compte ; où parce que limité dans certains domaines (singulièrement de produire vite et beaucoup, pour faire du chiffre) serait considéré finalement comme inutile ; propre à être mis de côté, dans un espace réservé, dans un lieu de l’oubli avec comme perspective inéluctable : …
Alors je dis tout de suite que je souhaite vivre dans cette société que nous avons la responsabilité de créer ensemble, de développer des liens intergénérationnels, basés sur l’amour, l’estime mutuelle, l’affection et la reconnaissance mutuelles ; où l’expérience, le savoir, le savoir être et le savoir faire des aînés sont pris en compte. Ce qui suppose que solidairement, nous fassions reculer certains réflexes individualistes et discriminatoires : ceux qui encouragent l’ exclusion, le rejet des différences, le développement de l’indifférence, de l’ isolement, la rupture entre générations ; ce qui rend encore plus faibles et vulnérables tous ceux qui sont limités dans leurs capacités (à cause de l’âge, de handicaps, allons plus loin : ceux qui sont victimes de discriminations par leur niveau social, leur origine, la couleur de leur peau). Une société dont la valeur ne se mesure pas simplement à ses richesses du sous-sol, sa richesse marine ou sous-marine, à son PIB, à un niveau élevé de ses capitaux, à ses signes extérieurs de richesse (qui donnerait l’illusion d’être un pays développé ou moderne), mais par la manière dont elle traite ses personnes d’un bout à l’autre du cycle de notre vie.
Et je suis persuadé que la société telle que nous la voulons() c’est bien celle qui considère qu’avant le matériel, l’argent, le compte en banque :il y a la personne et ses valeurs à développer. Mais c’est tout le contraire que nous constatons aujourd’hui : suspendus aux bourses et aux humeurs du système financier international ; réduits à être des jouets entre les mains de quelques traders ou « noteurs » qui mettent les états à genoux : nous sommes formatés et finissons par tout penser, raisonner en termes d’intérêts, de calculs, d’économie, de dettes que l’on achète et que l’on revend…» Du coup c’est le chacun pour soi et tous pour l’argent (lè w ni ti bren, yo ka pran anlè saw’ni an ! Tou sa ki pa ni ka chèché ni ! Ayen pa ka rété yo ! Pa ni ni manman ni papa !» Du coup les pauvres deviennent de plus en plus pauvres et les riches de plus en plus riches ; les vulnérables de plus en plus dans l’insécurité qui prennent de plus en plus de fer parce qu’ils payent pour une crise qu’ils n’ont pas provoquée ; pendant que d’autres comptent par milliards leurs bénéfices, prévoient leurs parachutes dorés, organisent leurs paradis fiscaux. Le modèle de société que nous voulons n’est pas celle qui propose aux pauvres un paradis dans un autre monde en acceptant leur sort sur terre ; ni celle où un petit nombre de privilégiés se joue avec arrogance et cynisme de la majorité des populations en détresse, en cultivant au su et au vu de tout le monde leur paradis terrestre. Mais plutôt celui qui privilégie, priorise, les personnes et leurs besoins en considérant que tout être humain a le droit de vivre dignement ; et que les biens terrestres sont faits pour être partagés !Que les capitaux, les richesses doivent servir à résoudre nos problèmes concrets ( de travail pour tous, de chômage, de santé, d’éducation, de transports) Les moyens ne manquent pas !
Nous avons à mener un combat permanent pour développer l’esprit de discernement entre ce qui peut permettre à notre société de se développer en s’humanisant grâce à l’ éducation en famille, à l’école, à nos manières à nous adultes de vivre en société entre nous, avec nos enfants et jeunes. Se limiter à rechercher ou à privilégier le paraître, le bling bling, le « je m’enfoutisme tous azimuts » qui ne respecte rien ni personne ; « le toutourianisme ou le« tout de suitisme » qui ne supportent pas la frustration tout cela ne peut aider nos enfants et nos jeunes à devenir des personnes responsables dans la construction de leur être au monde et celle de notre société !
D’où notre responsabilité à nous qui en sommes conscients : de montrer combien il est fondamental pour une société d’aller au-delà des apparences et de développer des valeurs telles que l’Amour entre les humains, le respect mutuel, la mise à profit de nos différences, une plus grande authenticité dans nos rapports, une plus grande conscience d’appartenir à un même peuple, d’être des acteurs et non des produits et des consommateurs d’une une société dont l’avenir dépend de chacun. Je suis persuadé que si nous ne nous battons pas pour que notre jeunesse apprenne à aller au-delà de la seule et simple satisfaction des besoins et désirs immédiats, il y a de quoi s’inquiéter pour notre société de demain ?
2) A ce propos, je suis parti des personnes âgées et de nos aînés, mais nous savons bien que l’avenir c’est notre jeunesse. Nous aimerions que les crèches se multiplient : mais en fait elles ferment les unes après les autres faute de moyens.Et même quand elles fonctionnent, les conditions de vie des parents sont telles (incertitude pour l’emploi, stress,ruptures, divorces etc) que cela ne donne pas envie de faire des enfants, pour qui on ne voit pas grand chose à l’horizon ! D’autant plus que le contexte socio-économique génère une détérioration croissante des rapports hommes femmes, parents enfants dans notre pays ; impacte fortement la santé et l’équilibre des couples qui se forment (parfois trop tôt), se déforment, se reforment avec une grande facilité, rapidité : tout cela n’est pas pour favoriser un développement satisfaisant et prometteur sur le plan psycho affectif de nos enfants et jeunes d’aujourd’hui et de demain ! Il nous faut créer des réponses adaptées à cette situation sociale. Tout en militant pour l’amélioration des conditions matérielles de tous, tout un travail est à à faire pour favoriser l’éducation à la vie : prendre soin de soi (et pas seulement du corps) ; à la responsabilité de ce que je fais de moi ; de la manière dont je gère ma vie affective et sexuelle ; la manière dont je conçois et pratique l’amour (réduit si vite à coucher ou pas coucher avec ou sans préservatif) ; la qualité des relations entres ado, le respect, l’ estime mutuelle entre garçons filles (qui ne se règlent pas par des querelles de pouvoir ) Ce qui veut dire que notre tâche est l’éducation à la la responsabilité:par le bais des familles, de l’école et de toutes les instances… Nous avons chez nous suffisamment d’adultes responsables, parents, éducateurs, pour cela. Il n’est pas question de tomber dans le fatalisme, la résignation ou la lamentation : relevons ensemble le défi d’éduquer notre jeunesse : chercher ensemble à grandir, à s’agrandir, à s’épanouir sans se perdre en chemin ou croire que l’âge et l’expérience n’ont rien à recevoir des jeunes qui nous donnent aussi de belles leçons de vie.
3) Nous aimerions vivre dans une société où notre jeunesse mette à profit l’avantage d’avoir à leur disposition des écoles , des enseignants la plupart motivés pour les encadrer et les aider à grandir intellectuellement et humainement. Notre civilisation n’est pas moins intelligente que d’autres.
Et ce que nous avons sous les yeux doit nous questionner fortement : une grande majorité de jeunes sont déconnectés de l’Education Nationale, démotivés par le type d’enseignement prodigué. Plutôt tentés de se laisser vivre et captiver par des voies faciles, marginales et malheureusement délétères. Combien terminent un cycle sans diplômes ou avec des diplômes qui ne débouchent sur rien ?
La société que nous voulons est celle qui redonnera à l’école une âme, la rende adaptée à notre environnement, donne aux jeunes le goût des études et de la recherche, tout en les ouvrant sur l’extérieur et l’avenir qui redonne espoir. Chapeau pour les enseignants qui malgré toutes sortes de pressions, de risques, des contradictions au sein même de l’institution ; malgré le fait que leur travail n’est pas toujours reconnu, ni valorisé ; parviennent à encadrer un certain nombre de nos jeunes pour leur permettre de faire leur place dans notre monde d’aujourd’hui ici ou ailleurs. Bon nombre sont victimes de cette maladie du siècle qu’est la dépression, ou de la démotivation et sont tentés de devenir blasés et découragés. Notre société devrait être celle qui réduit ce fossé qui semble s’élargir chaque jour entre les jeunes, les élèves leurs enseignants, leurs parents !
Nous voulons un système éducatif où à travers toutes les disciplines on transmette des valeurs comme le respect mutuel, l’effort, la rigueur,la discipline, le droit à l’expression et au respect de la différence. ; où les besoins des élèves soient mieux considérés et pris en compte dans la mesure du possible ; leur permettant de grandir et de se développer dans un dialogue enrichissant entre enseignants, encadrants, parents ; un système éducatif qui s’adresse non seulement à la tête, mais à la personne toute entière ; qui donne le goût des apprentissages des différente disciplines ; qui débouchent sur des métiers crées dans le pays ou ailleurs. Et que des orientations veuillent dire quelque chose ; débouchent sur des métiers qui leur parlent : et que ce soit le cas pour le plus grand nombre ! Un système éducatif qui permette aux jeunes, leurs éducateurs et enseignants de donner et de trouver du sens à leurs études, à leur travail ; qui dans ses projets éducatifs, ne se contente pas de transmettre un savoir, un savoir faire ; mais intègre, développe en même temps un savoir être, un savoir être ensemble, tout ce qui peut humaniser les rapports (enseignants, élèves, élèves entre eux, parents, école) . Nous ne pouvons que nous réjouir de l’image que donnent nos écoles, lycées, universités en tant que bâtiments modernes, bien équipés parfois aux normes, aux couleurs pastel ! Mais au delà du souci de veiller aux conditions matérielles a-t-on le souci d’éduquer la personne dans toutes ses dimension : pas seulement la tête, mais la relation à soi, à son corps, à l’autre, aux autres en l’initiant à un certain nombre de valeurs ? At-on le souci d’ouvrir l’ école à l’art dans toutes ses expressions ( musique, peinture, sculpture, danses de chez nous d’abord, les musiques, de notre pays et d’ailleurs..) Une école qui n’est pas auto suffisante, ni fermée mais ouverte sur notre environnement et l’extérieur en établissant des passerelles nécessaires avec des partenaires ( organismes de toutes sortes) qui partagent la même préoccupation celle d’éduquer la personne toute entière : de travailler à son équilibre de vie ( hygiène de vie, équilibre alimentaire, éducation à la relation interpersonnelle, éducation à la sexualité, à la santé ).
La société que nous voulons est celle où l’ école, nos familles, nos associations, nos partis, nos clubs, se donnent la main pour éduquer l’homme et la femme de demain responsable de son « corps » individuellement et collectivement , responsable de sa relation avec l’environnement.
Tous les acteurs de notre société doivent nous aider à développer des comportements écoresponsables .
En effet nous savons que si nous ne pensons qu’à puiser et tirer profit de notre environnement naturel et humain sans avoir le souci de protéger, de sauvegarder, d’ améliorer notre patrimoine, de prévention à tous les niveaux : notre pays mais aussi notre planète sont en danger.
Mais notre société doit pouvoir nous aider à tirer partie à bon escient de ce qui est mis à notre disposition :et cela dès le premier âge, à tous les âges et à tous les niveaux : En
- Exploitant davantage par exemple nos pluies abondantes en période d’ hivernage pour couvrir en périodes sèches nos besoins quotidiens !
- Exploitant les différentes sources d’énergie qui sont à notre disposition : eau de pluie, soleil, vent, océans…?
-En mettant le paquet pour développer et protéger nos cultures vivrières ; protéger nos zones vertes contre la montée du « maître béton » qui les ronge de jour en jour avec les conséquences naturelles que nous connaissons !
Mais, comment construire cette société si la vision que nous avons du monde est axée sur et nourrie par l’appétit effréné du profit individuel ; la consommation de biens sans discernement ; la recherche du plaisir immédiat ; la recherche du paraître ; de l’avoir et donc de la profitation san manman !
-Notre société doit pouvoir considérer que ce sont des personnes qui doivent être au centre de tous les dispositifs, de tous les organismes, projets, initiatives. Et nos initiatives doivent viser à privilégier l’être sur l’avoir et le qualitatif sur le quantitatif. Ce doit être notre défi commun !
Tout cela suppose que notre existence à nous adultes d’aujourd’hui, nos jeunes dans notre foulée, ne se voit pas confinée à la seule dimension matérielle ! Nous devons nous donner la main pour que notre développement, notre éducation intègrent la dimension spirituelle. Car l’homme ne vit pas que de pain , de vin, de biens de consommation, d’agitation, de bruits et de petits écrans ; mais aussi des valeurs qui inspirent ses actions, ses projets que tous nous sommes capables de cultiver si nous allons puiser au plus profond de nous mêmes. Et gare aux mouvements, aux églises, aux religions qui profitent de l’angoisse des humains, de nos sociétés en crise ou en décomposition, pour leur faire croire n’importe quoi, et les projeter vers un monde futur ; encourageant à passer outre la recherche commune des solutions individuelles et collectives aux problèmes concrets qui nous intéressent pour projeter dans un autre monde ! ou encourageant l’homme à attendre du ciel les réponses à tous ses problèmes sans chercher à construire ensemble cette planète dont nous sommes co-responsables et dont il nous faut prendre soin aujourd’hui et ici même !
Hé oui ! Participer à la création de cette société qui ne se suffit pas du paraître et de l’avoir, mais qui apporte à ses membres de vraies raisons de vivre et d’espérer. C’est notre défi à tous ! Et notre présence ici comme dans toutes les actions menées dans ce sens nous donne à espérer : car nos enfants retiennent 80% de ce que nous faisons et seulement un petit 20% de ce que nous disons !
LES NORMES: UN OBSTACLE A CONTOURNER
Thierry JOSEPH-ANGELIQUE
Souvent des Martiniquais et des Martiniquaises qui veulent lancer une activité se retrouvent bloqués parce qu’il leur est reproché de ne pas respecter les normes établis par la France ou l’Europe. Ceci constitue un obstacle très important au développement d’une économie endogène. Rappelons pour commencer ce que c’est qu’une norme :
Une norme est une spécification technique approuvée par un organisme reconnu de normalisation. Au niveau international, c’est l’ISO (International Organization for standardization) qui coordonne le système de normalisation. En France, c’est l’AFNOR (Association Française de Normalisation) qui les élabore et qui les édite. Les normes sont nécessaires pour protéger l’environnement, la vie, la santé et la sécurité. Par exemple les normes de construction doivent permettre de garantir la protection des vies humaines en cas de catastrophes naturelles.
Mais au-delà de ces intentions évidement louables, les normes peuvent jouer un rôle négatif quand elles ne sont pas adaptées à la réalité d’un pays.
Ainsi peuvent-elles servir de prétexte pour éliminer la concurrence au niveau national ou international. Des grands groupes d’intérêts font évoluer les normes avec pour objectif d’éliminer les PME qui ne peuvent suivre. L’évolution de la norme peut viser à créer un marché captif.
Les normes peuvent aussi aboutir, en élevant les coûts de production, à détruire un secteur économique. Citons deux exemples dans le domaine du transport :
- Chez nous il est exigé un camion réfrigéré pour le transport de légumes non transformés. Or à ce niveau, l’exigüité du territoire ne pose pas de problème particulier de santé publique.
- Deuxième exemple : pour le transport routier, le tachygraphe qui est un dispositif destiné à contrôler la vitesse, les temps de conduite et de pauses n’a pas la même nécessité pour un transporteur Martiniquais que pour un transporteur Européen. En Europe, la règlementation vise à interdire qu’un routier ne conduise 24 heures sans pause. Cela correspondrait à un peu de tours de la Martinique pendant la journée. N’empêche que ce matériel coûte entre 1000 et 1200 €. Les infractions aux tachygraphes sont sanctionnées par des peines d’amendes variant pour le forfaitaire de 68 à 135 € et pour le pénal de 450 € à 3000 €. Il est évident que des normes spécifiques devraient pouvoir être appliquées ici.
De même, l’économie populaire et de résistance est mise à mal par certaines normes. Dans l’élevage, au nom de la traçabilité, il est exigé qu’un veau soit identifié dans le mois de sa naissance sous peine d’abattage de l’animal. Sur 1100 km² que comptent la Martinique peut-on dire qu’il y a un problème de traçabilité au bout d’un mois ? Les limites de cette conception de l’application des normes deviennent évidentes quand on pense qu’elles n’ont pas empêché le scandale de la vache folle en Europe.
Une application inadaptée des normes peut aussi avoir pour conséquence de détruire le tissu social. Les règlementations imposées en matière de santé et de sécurité pour l’organisation de réjouissance dans les familles ou dans les quartiers, si elles peuvent favoriser les affaires d’entrepreneurs de spectacles, en interdisant de fait les espaces de convivialité contribuent au délitement social.
Alors s’il est vrai que la définition et le respect de normes se justifient pour empêcher l’anarchie, les risques sanitaires, on ne peut accepter que celles-ci soient imposées sans tenir compte de la réalité du terrain. A cet égard elles doivent être élaborées démocratiquement, c’est-à-dire que ceux qui interviennent à tous les niveaux du secteur ou du domaine dans lesquelles elles sont applicables doivent être associés à leur élaboration.
D’autre part, pour tenir compte du niveau de développement de notre pays, de la nécessité de construire une économie endogène l’application des normes doit faire le tri entre celles qui se justifient réellement même si elles sont élaborées au plan international et celles qui sont prétexte à la conquête du marché par les multinationales.
Et cela pose évidemment la question des institutions et des compétences politiques locales dont nous devons disposer





